Abusos IVE SSVM

L’Institut du Verbe Incarné, « trop grand pour tomber », à la lumière de trente ans d’enseignement pontifical.

L’IVE présente les mesures de Rome comme une persécution. La chronologie montre exactement le contraire : depuis 1995, l’Église a mobilisé autorités, spécialistes et structures externes pour soutenir et réformer une institution qui n’a pas su se corriger.

Il y a quelque temps, nous avons publié un article sur ce blog intitulé « Institut du Verbe incarné : trop grand pour faire faillite ? ». L’expression, empruntée au monde financier, s’applique aux institutions dont la taille est telle que leur effondrement pourrait causer des dommages encore plus importants que ceux causés par leur mauvaise gestion. Pour cette raison, bien qu’elles soient profondément dégradées, les autorités sont contraintes d’intervenir, d’injecter des ressources et de les soutenir pour éviter un effondrement incontrôlé.

La question que nous avons alors posée était de savoir si l’Institut du Verbe Incarné (IVE) et les Serviteurs du Seigneur et de la Vierge de Matará (SSVM) étaient venus occuper une position similaire au sein de l’Église : une famille religieuse trop grande, trop étendue et trop liée à des diocèses, paroisses, séminaires, écoles et œuvres apostoliques pour que le Saint-Siège la laisse simplement tomber.

Les événements récents n’affaiblissent pas cette hypothèse. Au contraire, ils semblent le confirmer.

En résumé

  • L’IVE traverse sa sixième phase de gouvernement pontifical extraordinaire depuis 1995.
  • Rome a depuis trois décennies assigné des commissaires, délégués, canonistes, formateurs et autorités extérieures pour tenter de la réformer.
  • D’autres communautés confrontées à des problèmes de gouvernance ou à des abus ont été définitivement réprimées ; l’IVE bénéficie, en revanche, d’une opération de sauvetage proportionnelle aux conséquences que sa chute aurait a.
  • Qualifier cette tutelle extraordinaire de « persécution » inverse la réalité : l’Église protège les membres, les œuvres et les diocèses qui subiraient un effondrement désordonné.

L’intervention, c’est le sauvetage

Dans le domaine économique, déclarer qu’une entité est trop grande pour faire faillite ne signifie pas qu’elle est trop puissante pour être supervisée. Cela signifie que son échec obligerait l’autorité à consacrer des ressources extraordinaires pour le soutenir, le réorganiser et empêcher son effondrement de nuire à des tiers.

C’est précisément ce qui se passe avec l’IVE.

Le Saint-Siège ne s’est pas limité à nommer un visiteur, rédiger un rapport ou formuler des recommandations. Il a confié à Monseigneur José Antonio Satué tous les pouvoirs de gouvernement de l’Institut. Le délégué pontifical a mis en place une nouvelle équipe pour couvrir les domaines essentiels de la vie institutionnelle : gouvernement, économie, formation, approvisionnement, monastères, documentation et administration.

La composition de cette équipe est particulièrement révélatrice. Si le délégué lui-même est inclus, six des huit personnes qui composent la nouvelle structure de gouvernance viennent de l’extérieur de l’IVE. Rome a dû recourir à des religieux d’autres congrégations, à un canoniste laïc et à des collaborateurs externes pour fournir à l’Institut les capacités de gouvernance qu’il ne semble pas pouvoir garantir seul.

Ce n’est pas une sanction purement punitive. Nous faisons face à la création d’une structure de sauvetage.

Ce n’est pas le premier sauvetage : trois décennies de tutelle pontificale

L’intervention actuelle pourrait sembler être une réponse exceptionnelle aux problèmes récemment découverts. L’histoire montre le contraire. L’IVE a passé une bonne partie de son existence sous une forme de surveillance, de tutelle ou de gouvernement extraordinaire du Saint-Siège.

La terminologie n’a pas toujours été la même. À différents moments, apparaissent les figures du commissaire pontifical, du délégué pontifical, de l’assistant pontifical, des visiteurs ou des autorités désignées pour présider un chapitre général. Toutes ces fonctions ne sont pas légalement identiques. C’est pourquoi certaines publications parlent de cinq conservateurs et d’autres de six interventions. La chronologie nous permet de clarifier la contradiction apparente.

1. José Antonio Rico, OSB — 1995–1998

Le 19 septembre 1995, la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée a nommé le bénédictin espagnol José Antonio Rico comme premier commissaire pontifical de l’IVE. La chronologie historique elle-même, diffusée par l’environnement de l’Institut , indique la nomination. Durant son mandat, Rico a approuvé ad experimentum les constitutions de l’IVE, le 3 mai 1997. L’intervention n’avait donc pas seulement une fonction disciplinaire : elle offrait au jeune institut un cadre juridique qu’il n’avait pas encore réussi à consolider par ses propres moyens.

2. Aurelio Londoño, CM — 1998–1999

En 1998, Rico a été remplacé par le colombien vincentien Aurelio Londoño. Les informations publiées lors de la crise de 2000 identifient expressément les deux comme des commissaires pontificaux. La succession immédiate d’un second délégué externe montre que la tutelle ne s’est pas arrêtée avec la première régularisation constitutionnelle.

3. Alfonso Delgado Evers — 1999–2001

Le troisième commissaire fut Monseigneur Alfonso Delgado Evers, alors évêque de Posadas puis archevêque de San Juan de Cuyo. Son statut de commissaire pontifical de l’IVE apparaît dans la biographie publiée par l’archidiocèse lui-même. À cette époque, Rome ordonna la fermeture des trois centres de formation masculine de l’Institut à San Rafael : le grand séminaire, le petit séminaire et le noviciat. Delgado expliqua que ces dispositions avaient été prises en communion avec Jean-Paul II et visaient à résoudre des problèmes d’obéissance et de communion ecclésiale qui n’étaient pas nouveaux, mais remontaient aux origines de l’Institut.

4. Domingo Salvador Castagna et Alfredo Horacio Zecca — 2010

En 2010, une nouvelle phase a été ouverte. Mgr Domingo Salvador Castagna, archevêque émérite de Corrientes, prit la fonction de commissaire et demanda la collaboration de Monseigneur Alfredo Horacio Zecca en tant que commissaire adjoint. Certaines sources contemporaines les décrivaient initialement comme des visiteurs ou des surveillants, tandis que des reconstitutions ultérieures de l’intervention les identifient comme commissaire et commissaire adjoint. Cette différence terminologique explique en partie les divergences dans le décompte.

L’intervention répondit, entre autres, au grand nombre de prêtres demandant à quitter l’Institut, aux problèmes du gouvernement et aux plaintes contre Carlos Buela. La même année, le Saint-Siège a évincé le fondateur du gouvernement, a jugé crédibles les accusations de conduite inappropriée et a imposé des restrictions à sa résidence et à ses contacts avec les membres de l’IVE.

5. L’intervention du Chapitre général — 2015–2019

Cette étape doit être considérée comme une intervention pontificale, mais pas comme un commissariat indépendant au sens strict.

En décembre 2015, le Saint-Siège a annoncé qu’il prendrait la direction du Chapitre général 2016. Le cardinal Francesco Coccopalmerio fut envoyé pour la présider, accompagné de Monseigneur Vito Angelo Todisco et du Dominicain Philippe Toxé. Rome réserva également la nomination du vicaire général et de deux conseillers du nouveau gouvernement. Le 4 octobre 2016, Todisco a été nommé assistant pontifical pour accompagner et superviser le supérieur général et son conseil.

L’ensemble du gouvernement n’a pas été immédiatement limogé ni remplacé par un seul commissaire. Mais il n’existait plus non plus de gouvernement autonome ordinaire : le chapitre était dirigé de l’extérieur, une partie du Conseil était nommée par le Saint-Siège et un assistant pontifical était intégré au fonctionnement institutionnel.

6. Cardinal Santos Abril y Castelló — 2019–2025

Les problèmes de gouvernement et de formation persistaient. Le décret pontifical de décembre 2024 établit précisément que le 10 juin 2019, le cardinal Santos Abril y Castelló a été nommé commissaire pontifical de l’IVE. Sa nomination répondit à la nécessité de confier à nouveau la direction à une personnalité extérieure dotée d’une vaste expérience et d’une autorité morale.

Durant son mandat, les circonscriptions furent examinées, des supérieurs provinciaux nommés et des statistiques générales de l’Institut furent compilées. Le commissariat a rencontré de graves faiblesses dans la formation, des communautés composées de seulement deux religieux ou prêtres isolés, et une perte historique d’environ 40 % des membres. Abril a également constitué le tribunal spécial qui, en 2021, a déclaré prouvé que Buela avait commis des crimes contre le sixième commandement par la violence contre cinq membres ou anciens membres de l’IVE.

Après plusieurs années, le cardinal et son conseil conclurent qu’il manquait toujours de collaboration de la part des supérieurs et qu’une résistance générale aux changements exigés par l’Église persistait.

7. José Antonio Satué — depuis 2025

Le décret a été signé le 8 décembre 2024, et la nomination a été rendue publique en janvier 2025. Monseigneur José Antonio Satué reçut le titre de délégué pontifical, avec tous les pouvoirs du gouvernement et la faculté d’abroger les constitutions de l’Institut lorsqu’il le jugeait nécessaire. Sa mission succède expressément au commissariat du cardinal Abril. D’ici 2026, elle a mis en place une infrastructure gouvernementale et de communication principalement externe, indépendante des anciens systèmes IVE.

Cinquième, sixième ou septième ?

La réponse dépend de ce qui est dit :

  • Si l’on compte les phases successives du commissariat ou du gouvernement pontifical extraordinaire – Rico, Londoño, Delgado, Castagna/Zecca, Abril et Satué – la sixième est la suivante.
  • Si l’on compte Castagna et Zecca individuellement, sept personnes apparaissent dans ces six phases.
  • Si l’on ajoute l’intervention spéciale de 2015–2019, avec Coccopalmerio, Todisco et Toxé, on obtient sept interventions, mais il serait inexact de les qualifier tous de commissaires pontificaux.

La formulation la plus rigoureuse de cet article est donc la suivante : l’IVE traverse sa sixième phase de gouvernement pontifical extraordinaire, en plus d’avoir fait l’objet d’une intervention spéciale de son chapitre et de son Conseil général entre 2015 et 2019.

Ces données changent la perspective. Nous ne traitons pas d’une institution qui n’a reçu qu’une seule correction et mérite une nouvelle chance. Nous avons affaire à une institution à laquelle le Saint-Siège tente d’offrir gouvernance, forme canonique, supervision et possibilités de réforme depuis 1995.

Des ressources que l’Église doit déduire d’autres besoins

L’Église universelle fait face à des centaines de problèmes plus graves et urgents : guerres, persécutions, crises de vocation, abus sexuels, diocèses en faillite, sécularisation, conflits internes et une perte générale de crédibilité. Ses ressources humaines sont limitées. Le temps d’un évêque, des chefs d’un diastère, des canonistes, trésoriers, formateurs et supérieurs religieux n’est ni illimité ni libre.

Cependant, une partie de ces ressources doit être allouée à l’IVE.

Monseigneur Satué n’a pas seulement été chargé d’observer la situation. Il doit diriger une institution internationale problématique tout en continuant d’être évêque de Malaga. D’autres religieux, appartenant à des congrégations ayant leurs propres œuvres et besoins, doivent assumer des tâches d’économie, de formation, de droit et d’administration au sein d’un institut externe. Le Dicastère compétent doit superviser les nominations, les décisions d’étude et accompagner un processus qui a déjà consommé le temps et l’énergie du Saint-Siège pendant des années.

Ce coût institutionnel est l’équivalent ecclésial d’un sauvetage financier. Cela ne prend pas la forme d’un transfert de milliards, mais de quelque chose qui, pour l’Église, peut être encore plus rare : des personnes compétentes, de l’autorité, du temps, de l’attention et de la capacité de gouvernement.

Rome a dû reconstruire même les instruments de base du gouvernement

La gravité de la situation est encore mieux perçue dans les mesures prises sur les communications de l’Institut.

Le délégué pontifical rapporta qu’après avoir consulté les provinciaux et les conseillers du Gouvernement général, il n’avait pas pu déterminer qui administrait la page officielle ive.org ni les comptes corporatifs se terminant par @ive.org. Il a justement estimé qu’il serait irresponsable de continuer à dépendre d’une infrastructure dont les administrateurs ne pouvaient être identifiés par l’autorité responsable de la gouvernance de l’Institut.

La réaction fut extraordinaire. L’ancien site web n’est plus reconnu comme une page officielle. verboencarnado.org a été créé comme le seul site institutionnel autorisé et il a été décidé de remplacer les anciens comptes email par de nouvelles adresses @verboencarnado.org, techniquement gérées depuis l’extérieur de la structure de l’IVE.

C’est-à-dire que Rome n’a pas seulement dû fournir à l’Institut un gouvernement. Il a également dû construire les instruments techniques permettant à ce gouvernement d’exercer réellement son autorité, de communiquer avec les membres et de recevoir des informations avec des garanties de sécurité et de confidentialité.

Même l’informaticien d’un diocèse doit consacrer son travail à la reconstruction des canaux de communication fondamentaux d’une congrégation internationale intervenue.

Comment tout cela peut-il être vu comme une preuve que l’avortement est abandonné ou détruit ? Ce qui est observé est exactement le contraire : une autorité externe investit ses propres ressources pour empêcher l’opacité interne et la résistance de rendre la gouvernance de l’Institut non viable.

Le paradoxe de la « persécution »

Et pourtant, au sein de l’IVE et de son entourage, on parle encore de persécution.

Le récit est connu : Rome ne comprendrait pas le charisme ; les autorités ecclésiastiques seraient hostiles à une congrégation jeune, missionnaire et traditionnelle ; les mesures pontificales constitueraient une punition injuste contre les fidèles religieux ; L’intervention serait une agression externe contre une œuvre fructueuse.

Cette interprétation inverse complètement la réalité.

Une institution persécutée est injustement privée de ses droits ou détruite par une autorité hostile. Une institution sauvée, en revanche, reçoit de l’extérieur les moyens dont elle a besoin pour continuer d’exister malgré la perte de la capacité de se gouverner normalement.

L’IVE n’est pas laissée à son sort. L’Église leur met à disposition un évêque, une équipe de gouvernance, des spécialistes externes, des structures administratives et de nouveaux systèmes de communication. Elle tente de préserver ses membres, ses œuvres et sa mission, en empêchant que les conséquences de décennies d’expansion, d’opacité, de désobéissance et de mauvaise gestion ne s’abattent indiscriminément sur les prêtres, séminaristes, religieuses, fidèles et diocèses.

Présenter tout cela comme une persécution n’est pas seulement une mauvaise interprétation. C’est une forme d’ingratitude institutionnelle.

Le privilège d’être sauvé

Beaucoup de petites congrégations ne recevraient pas un tel effort. Si une communauté comptant peu de membres était incapable de se gouverner elle-même, retenait des informations à l’autorité, accumulait des plaintes et avait besoin que Rome reconstruise ses organes de gouvernance et ses communications de l’extérieur, elle serait probablement réprimée ou menée à une disparition ordonnée.

L’avortement bénéficie d’autres traitements précisément parce qu’il ne s’agit pas d’une petite communauté. Sa présence internationale, le nombre de ses membres et le nombre d’œuvres qu’il administre signifient qu’une dissolution immédiate pourrait nuire à trop de personnes et d’institutions qui ne sont pas responsables de ses problèmes de gouvernance.

C’est la vraie signification de trop grand pour échouer.

Cela ne signifie pas que l’IVI a vaincu Rome. Cela ne signifie pas non plus que ses supérieurs aient démontré la solidité de son modèle. Cela signifie que le coût de son échec serait supporté par les séminaristes, prêtres, religieuses, étudiants, familles, paroisses et diocèses répartis dans de nombreux pays. Pour protéger ces personnes et éviter un effondrement chaotique, le Saint-Siège est contraint de soutenir et de réorganiser l’institution.

L’expansion, qui pendant des décennies a été présentée comme une preuve indiscutable de bénédiction divine, est ainsi devenue le principal argument pratique pour justifier un sauvetage extraordinaire.

L’Église a réprimé d’autres communautés

Nous ne formulons pas une hypothèse abstraite. Ces dernières années, l’autorité ecclésiastique a décrété la fermeture définitive des communautés qu’elle jugeait incapables de corriger leurs problèmes ou dont la continuité était jugée nuisible.

Il vaut la peine de préciser le canon : toutes n’étaient pas techniquement des « congrégations religieuses ». Cela comprenait un institut religieux, une société de vie apostolique, de nouvelles communautés et des associations publiques ou privées de fidèles. Mais elles étaient toutes des réalités ecclésiales officiellement reconnues et toutes ont perdu cette existence juridique par décision de l’autorité de l’Église.

1. La communauté catholique intégrée — Allemagne, 2020

Le 20 novembre 2020, le cardinal Reinhard Marx a dissous la Katholische Integrierte Gemeinde, une association ecclésiale publique érigée dans l’archidiocèse de Munich et de Freising en 1986. Cette décision est intervenue après une visite débutée en 2019. Les visiteurs ont décrit des problèmes enracinés dans les prétentions et dans la structure même de la communauté, ainsi que le manque de coopération de ses dirigeants. À cette époque, l’association manquait déjà d’organes de gouvernance et de membres reconnus.

2. Totus Tuus Nouvelle Évangélisation — Allemagne, 2021

Le 4 novembre 2021, l’évêque de Münster a décrété la dissolution de Totus Tuus Neuevangelisierung, une association privée de fidèles comptant 135 membres. L’enquête avait révélé des abus spirituels, une confusion entre le gouvernement et l’accompagnement spirituel, un style de leadership axé sur certaines personnes, de l’élitisme et une disqualification spirituelle de la critique. L’autorité a conclu que les responsables n’étaient ni disposés ni capables de reconnaître et de corriger ces lacunes. L’appel déposé par la communauté a été rejeté et le Dicastère romain a confirmé la dissolution en juillet 2022.

3. La Communauté de la Parole de Vie — Belgique et France, 2023

Le cardinal Jozef De Kesel a décrété en juin 2022 la dissolution de la Communauté de la Parole de Vie, qui est entrée en vigueur le 1er juillet 2023. Une première visite canonique avait mis en lumière des problèmes en 2002. Vingt ans plus tard, une seconde visite confirma la persistance des difficultés à gouverner, respecter les peuples et définir son charisme. En plus de trente ans, il y avait eu environ 240 abandons. L’autorité considérait que les forces humaines disponibles étaient insuffisantes pour mener à bien une véritable réforme et choisit de fermer la communauté et d’accompagner ses membres individuellement.

4. La communauté Loyola — Slovénie, 2023

Le 20 octobre 2023, le Dicastère des Instituts de Vie Consacrée a décrété la dissolution de la Communauté Loyola, une communauté féminine cofondée par le Père Marko Rupnik. Le décret soulignait de graves problèmes dans l’exercice de l’autorité et dans la vie commune et fixait une période d’un an pour exécuter la fermeture. La décision a été prise dans le contexte de nombreux témoignages concernant des abus spirituels, psychologiques et sexuels liés au fondateur et au fonctionnement de la communauté.

5. Miles Christi — Argentine, 2025

Le 19 février 2025, le Dicastère des Instituts de Vie Consacrée et des Sociétés de Vie Apostolique a décrété la suppression de Miles Christi, un institut religieux clérical de droit diocésain fondé en Argentine. La décision avait été spécifiquement approuvée par le pape François le 6 février. L’institut était sous intervention pontificale depuis 2022. Rome ne prolongea pas indéfiniment la tutelle : elle mit fin au commissariat et nomma un délégué pour exécuter la suppression.

6. Le Sodalitium de la vie chrétienne et ses branches — Pérou, 2025

En avril 2025, le Vatican a officialisé la suppression du Sodalitium de la Vie chrétienne, une société de vie apostolique de droit pontifical, ainsi que les autres institutions fondées par Luis Fernando Figari : la Fraternité Marianne de Réconciliation, les Serviteurs du Plan de Dieu et le Mouvement de la Vie Chrétienne. Cette décision faisait suite à une enquête ordonnée par le pape François sur des abus sexuels, spirituels et d’autorité, des violences, des dissimulations et une corruption économique. Dans ce cas, non seulement une petite association locale a été supprimée, mais toute une famille ecclésiale ayant une présence internationale.

Ces précédents démontrent deux choses. Premièrement, cette suppression n’est pas une simple possibilité théorique : l’Église l’a utilisée à plusieurs reprises et pour diverses raisons, allant des abus spirituels et de la mauvaise gouvernance à l’incapacité à réformer. Deuxièmement, que Rome ne considère pas comme obligatoire de préserver indéfiniment toute œuvre ayant reçu une reconnaissance canonique.

C’est pourquoi le contraste avec l’IVE est si significatif. Face à d’autres communautés, l’autorité a conclu que les ressources nécessaires pour les réformer étaient insuffisantes ou que les dommages rendaient leur continuité déconseillée. Avant l’IVE, en revanche, il nomme des visiteurs, commissaires, délégués, conseillers et équipes externes depuis des années ; la réorganisation du gouvernement ; et même la création d’une nouvelle infrastructure de communication.

L’explication la plus plausible n’est pas que les problèmes de l’avortement soient moins graves. Les conséquences d’une suppression seraient incomparablement plus difficiles à administrer.

De la tutelle à la responsabilité

Reconnaître qu’une intervention constitue un sauvetage ne signifie pas dire que tout est résolu. Sauver une institution de l’effondrement n’équivaut pas à réparer les dégâts causés ou à rendre justice aux victimes.

Les documents récents précisent qui gouverne, quelles responsabilités aura chaque contributeur et comment les communications seront réorganisées. Mais ils ne fournissent toujours pas suffisamment d’informations publiques sur les plaintes, les enquêtes menées, les responsabilités personnelles et institutionnelles, la protection des lanceurs d’alerte ou les mesures correctives.

Le sauvetage peut être nécessaire, mais il ne doit pas se transformer en impunité.

Le Saint-Siège ne devrait pas se limiter à veiller à ce que l’IVE continue de fonctionner. Elle doit s’assurer que l’institution dise la vérité sur son passé, protège ceux qui ont subi des abus, purifie les responsabilités et abandonne définitivement les structures et récits qui rendaient l’intervention nécessaire.

Sinon, le coût du renflouement sera supporté par toute l’Église tandis que ceux qui ont causé la crise continueront de se présenter comme des victimes.

Trop gros pour être laissé tomber

Aujourd’hui, nous pouvons répondre plus clairement à la question posée dans l’article original.

Oui : l’Institut du Verbe Incarné semble être devenu une institution trop grande pour faire faillite.

La preuve n’est pas que Rome a renoncé à intervenir. La preuve, c’est l’ampleur de l’intervention nécessaire pour le maintenir debout. Un délégué doté de tous les pouvoirs, un gouvernement majoritairement externe, des spécialistes d’autres institutions, une supervision permanente du Dicastère et une infrastructure numérique créée de l’extérieur ne sont pas des signes de persécution. Ils sont les éléments d’une opération de sauvetage.

Les membres de l’IVE qui se considèrent persécutés devraient comprendre une réalité bien plus inconfortable : l’Église qu’ils accusent de les harceler sacrifie des ressources humaines précieuses pour les protéger des conséquences de son propre système institutionnel.

Ce n’est pas Rome qui doit justifier son intervention.

C’est l’IVE qui doit expliquer pourquoi elle a rendu nécessaire une intervention d’une telle ampleur et quand elle commencera à la remercier en collaborant pleinement avec elle.

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